Retour à Yuma. Accueil. 10 juillet 2014.

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A propos de Kilgallon

-"Seuls Les Anges Ont Des Ailes". Le héros parallèle-

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Only Angels Have Wings (Seuls Les Anges Ont Des Ailes, 1939), de Howard Hawks et Jules Furthman, présente en parallèle au personnage de Geoff Carter, héros romanesque traditionnel (joué par Cary Grant), le personnage de Kilgallon -alias MacPherson- un héros secondaire, ou parallèle Richard Barthelmess).


Ce héros parallèle se présente au départ comme un salaud et un lâche, je lui attribue l'étiquette "héros" à cause de quelques traits piquants, traditionnellement liés au véritable héros romanesque, que curieusement HH et Jules Furthman le scénariste lui attribuent.


Par ailleurs, Barthelmess, grande vedette du temps du cinéma muet est devenu acteur de second plan après l'arrivée du parlant, il est donc aussi le double déchu de Grant, grande vedette du cinéma parlant.


Le film dure deux heures, les apparitions de Barthelmess ajoutées aux passages tournant autour de lui totalisent trente minutes.


Kilgallon vs Carter

Kilgallon alias McPherson (Richard Barthelmess)
face à Geoff Carter (Cary Grant)

1.

Quelques traits piquants, qui signalent clairement Kilgallon et Carter:

La dénonciation publique

Dénonciation: Gent Shelton, un pilote (John Carroll), Les Peters (Allyn Joslin), K et C.

Carter précise ensuite l'identité du mécanicien tué: le frère de son ami, appelé "le Kid" (Thomas Mitchell), autre pilote. Sans la révélation initiale de Carter sur la facticité du nom, aucun membre du groupe de pilotes n'apprenait la réalité, et ceci entraîne le rejet total de Kilgallon par le groupe.


Ce trait d'intrigue entache l'image héroïque de Carter: il commet une faute en dénonçant le faux nom, car s'il ne va pas jusqu'à en révéler le motif, laissant ce soin à Peters, il aggrave le cas de Kilgallon en précisant le lien du Kid avec la victime, confirmant les paroles de Peters avec le surcroît d'ampleur lié à son statut reconnu socialement de responsable de la compagnie. Or, la faute de Carter est au moins professionnelle, car il eût été plus fin de traiter le problème plus discrètement pour le bien de la compagnie en difficulté financière, qui a besoin d'un nouveau pilote et d'une équipe soudée. Rien ne l'empêchait de dés le départ ne pas révéler publiquement le vrai nom de Kilgallon et de l'isoler dans son bureau en attendant l'arrivée du Kid -qui est le seul avec lui à pouvoir reconnaître Kilgallon/MacPherson- pour tenter de régler le problème sans violence, dans l'intérêt de la compagnie, et faire au mieux pour que l'identité de Kilgallon reste secrète aux yeux du groupe, en attendant de remplacer le pilote maudit.
Au lieu de celà, Carter se contente d'enjoindre Kilgallon à se cacher aux yeux du Kid (qui est habituellement armé d'un revolver et revient justement d'un vol, est en train d'atterrir et sur le point d'entrer dans le bar et rencontrer et reconnaître Kilgallon).


Il se plaint plus tard en privé avec Kilgallon, de la difficulté qu'il va affronter à le faire accepter par le groupe, alors qu'il est responsable de ce rejet.
Il y a aussi un niveau moral à l'erreur, ou une faute de goût au minimum, car le spectateur est libre de juger qu'il n'est pas moral de désigner quelqu'un à la vindicte publique, quoi qu'il ait commis de répréhensible.
Kilgallon a commis une faute criminelle. Carter a commis une erreur professionnelle et une faute morale.


Il y a beaucoup pour distinguer Kilgallon de Carter, et beaucoup pour les réunir. HH ou Furthman, ou les deux, vont s'employer à éclairer les rapprochements ou à relativiser les oppositions pour obtenir des effets émouvants ou comiques.


2.

Un premier rapprochement est fait par la mise en scène: il faut rappeler que HH signale souvent au spectateur la première apparition du héros de façon progressive dans ses films, avec une suite de plans qui le dévoilent partiellement et progressivement. Le fait pour le spectateur de découvrir le héros petit à petit pour sa première apparition, ajoute au prestige de celui-ci.

Dans Rio Bravo, John T Chance (John Wayne) n'apparaît pour la première fois que par ses jambes:

JT Chance 1
JT Chance 2
JT Chance 3
JT Chance 4

Ci-dessus: plan de conclusion sur le héros enfin totalement dévoilé, prêt à l'action!

Dans El Dorado, Caul Thornton (John Wayne) apparaît la première fois le dos à la caméra:

Carter Thornton 1
Carter Thornton 2
Carter Thornton 3
Carter Thornton 4

Geoff Carter apparaît progressivement dévoilé par une porte qu'il ouvre, pour sa première apparition:

G Carter 1
G Carter 2
G Carter 3
G Carter 4

Or, Kilgallon aussi a droit au même traitement stylistique du héros: en temps que héros parallèle, il apparaît au tout début tête coupée et vu de loin, puis descendant l'escalier il se dévoile progressivement en se rapprochant de la caméra...:

Kilgallon 1
Kilgallon 2
Kilgallon 3
Kilgallon 4

Ci-dessus: plan sur le héros enfin totalement dévoilé, aux aguets sur qui pourrait le reconnaître, mais terriblement élégant!
(à gauche, Dutchy (Sig Ruman))

Haut de page3.

Un deuxième rapprochement est de montrer les deux personnages entrer en relation sur deux points: le travail les rapproche, et ils semblent s'entendre et se comprendre au niveau social:

Au travail!

Au travail: C, K et Sparks (à droite, Victor Kilian).

Intermède: comme vu plus haut, en conclusion de la scène de la dénonciation de Kilgallon en public au bar-restaurant de la compagnie, Carter a enjoint Kilgallon à se cacher aux yeux du Kid pour éviter un affrontement violent, or celui-ci avait refusé en estimant qu'il était temps qu'il affronte le frère du mécanicien mort à cause de lui, et ironisé sur le souci de bienveillance de Carter: "Vous vous souciez bien de moi tout d'un coup?", Carter: "Je veux pas voir le Kid partir en prison!", Kilgallon: "Je tomberai sur lui tôt ou tard!", Carter: "Vous avez sans doute raison. C'est votre enterrement!". Ici se situe la première réelle entente entre Kilgallon et Carter: petite joute oratoire et accord mutuel. Carter approuve Kilgallon, ils se rejoignent là dans les qualités du héros habituel: cran, franchise et vannes.


Un simple respect humain de la part de Carter pour Kilgallon explique que Carter n'insiste pas plus pour éviter l'affrontement, c'est pourtant bien un danger pour la compagnie de voir le Kid partir en prison ou alors: Carter exagère-t'il ce danger pour tester le cran de Kilgallon, avec l'idée qui poindrait de le faire travailler pour lui malgré ce passé encombrant, parce que Kilgallon a une tête qui lui revient après tout, ou parce qu'il n'a pas le choix? Les deux hommes se rapprochent donc aussi sur un plan social ou amical.

Avec des acteurs aussi sensibles que Grant et Barthelmess, ces petites notations semblent relever de leur finesse autant que de la direction d'acteurs.

4.

Kilgallon et les autres, le rôle de Sparks: durant la discussion préparatoire au vol autour de la carte de la région, l'entente est studieuse alors que Carter décrit la mission à Kilgallon. Or, dans le même laps arrive convoqué par Carter, un docteur natif du pays qui doit accompagner Kilgallon. Carter -ignorant la langue du pays, ce qui paraît incongrü- lui fait expliquer par son second, Sparks qui lui, parle la langue (la précision du pays n'est jamais fournie au spectateur en-dehors de "sud-américain") en quoi le vol sera dangereux.


Le docteur réagit fortement en affirmant haut et fort que c'est son devoir d'aller soigner le fils du riche client, allant jusqu'à citer Shakespeare. Une tentative d'humour typiquement hawksien se fait voir là, teinté de paternalisme américain, avec l'objet de faire rire d'une emphase soi-disant latine: les vrais héros américains ne font pas tant d'histoires. Ceci se déroule en arrière-plan de Kilgallon et Carter poursuivant leur discussion sur la mission, Carter approuvant très brièvement, et ironiquement, les paroles du docteur, illustrant ainsi ce paternalisme, alors que Kilgallon reste plus concentré sur la carte de la région. Le docteur quitte les lieux. Sparks traduit en regardant Kilgallon, la citation de Shakespeare (Henri IV): "On ne meurt qu'une fois. Nous devons une mort à Dieu. Si on paie aujourd'hui, on ne doit plus rien demain". Alors que Carter reste indifférent, Kilgallon commente pour Sparks avec un fin sourire: "Ce n'est pas un idiot". Kilgallon se sépare ainsi à nos yeux de Carter, refusant toute moquerie vis à vis du docteur, parfaitement sincère dans son jugement.

Le docteur a raison 1

Le docteur s'enflamme (Lucio Villegas)

Le docteur a raison 2

"Ce n'est pas un idiot!"

L'échange de vue entre Kilgallon et Sparks montre avec ce dernier, qui n'est pas pilote mais travaille au sol, un individu attachant et discret, qui va se révéler ainsi plus tard, et n'affiche là aucun mépris pour le passé de Kilgallon. Il est possible que Sparks -absent du bar lors de la dénonciation publique- ne soit pas informé de la faute de Kilgallon, mais il ne pourra que l'être plus tard et son attitude générale tout au cours du film semble signaler de sa part plus d'intelligence ou de finesse que chez les pilotes Shelton et Peters (qui représentent l'ordre moral muni d'ornières). Une certaine finesse de vue solidarise Sparks et Kilgallon avec Shakespeare et leur regard sur le docteur, excluant Carter, plus inquiété par le sort de la compagnie.

5.

Réduction des effectifs de pilotes: En même temps qu'il est rappelé tout au long du film que la compagnie est en difficulté financière (Dutchy, le propriétaire et associé de Carter veut que celà reste secret pour ne pas inquiéter les autres et seuls lui, Carter et le Kid sont au courant), une série de faits similaires se produit comme celà se fait dans la comédie avec le ressort comique de l'accumulation mais ici vidé de comique affiché. En effet, seule la mécanique de la répétition des faits est utilisée (comme dans beaucoup de films noirs par ailleurs): pour autant quiconque éclate de rire à certaines issues ne peut être condamné. Cette série de faits consiste à accentuer l'impression de la situation précaire de la compagnie, avec le thème central de la mise en incapacité technique des pilotes, un à un. L'effectif se montait à cinq pilotes, Carter compris, avant l'arrivée de Kilgallon. Or, chronologiquement:

Nous pouvons voir donc qu'un homme de mauvaise réputation arrivant dans un milieu fréquenté par des honnêtes travailleurs provoque l'élimination de ceux-ci quant à leur aptitude à faire leur travail, un à un, et de fait leur vole leur boulot!

Admettons (ce qui nous coûte) que ces éliminations ne soient pas toujours directement provoquées par Kilgallon mais celui-ci est au moins toujours formellement lié à chacune. Il est donc judicieux de les reprendre une à une:

Haut de page6.

Conclusions/Le dernier vol de Kilgallon: Je crois qu'il faut quand même examiner comment se sont déroulés les conditions de réalisation du dernier vol de Kilgallon:

Au moment où Carter se prépare à partir en mission et se retrouve handicapé du bras grâce au coup de feu accidentel, alertés, Sparks, Peters puis le Kid entrent dans la pièce. Le Kid prend la direction des opérations, qui consistent simplement à constater que Carter est hors-jeu (et à envoyer Bonnie Lee chauffer de l'eau afin que Jean Arthur, désormais gênante pour les cadrages qui vont suivre, sorte du champ). Je m'autorise à estimer que le Kid constate avec un certain plaisir l'incapacité de l'homme qui l'a déclaré lui, en incapacité ("I grounded him!" expliqua Carter au gang). Je ne suis pas certain que Thomas Mitchell ait voulu exprimer ce plaisir mais je suis certain que ce plaisir est exprimé par quelquechose, sinon tant pis.

Puis, l'arrivée providentielle de K rentrant de vol se fait en arrière plan et deux personnages à l'avant-plan -Baldy le barman (Pat West) et le Kid- le masquent et le démasquent tour à tour, toujours sur le mode de l'apparition progressive du héros, qui se prolonge en tout sur les huit images suivantes:

Kilgallon 5
Kilgallon 6
Kilgallon 7

Ci-dessus: Sparks, C, K, Baldy, le Kid et Peters.

Ci-dessous: le cadre se ressere pour isoler mieux C et le Kid (qui masque de nouveau K entièrement). Le Kid se propose sans illusion pour remplacer seul Carter pour ce vol à assurer de suite, malgré sa mauvaise vue. Carter confirme son premier verdict et refuse ("You're not good enough!"), aussi la seule solution restante est K, par conséquent dévoilé entièrement dans le plan suivant par le Kid, qui se déplace pour celà d'un pas vers la droite en le regardant (pour garder le Kid dans le cadre, celui-ci est élargi:

Kilgallon remplace Carter

Ci-dessous: Le Kid regarde enfin K en disant méchamment: "Je suis le meilleur de tous ceux qui restent", ce qui amène à une rencontre de regards inhabituelle entre les deux ennemis:

Kilgallon versus le Kid

K accepte la mission par assentiment muet malgré la mise en garde de C ("Vous n'êtes pas obligé"). K lance au Kid avec un sourire ironique: "Vous avez peur que je perde mon chemin en vol?", et le Kid: "Je veillerai que non!", en un échange de piques viriles rappelant ceux avec Carter:

Kilgallon sourie

Ci-dessus: C reste sur le côté abattu momentanément et passif, tête baissée, puisque privé de ses deux rôles habituels de chef de la morale et du travail (pas pour longtemps, certes), qu'il se voit forcer de déléguer respectivement à deux remplaçants de fortune.

7.

Conclusion: le sourire de Kilgallon: ceci dit, restera toujours le mystère du sourire de Kilgallon au Kid. Il se distingue de tout autre sourire d'acteur dans la même situation dans le même genre d'histoires (le cinéma américain est récurrent en lâches se rachetant et saisissant leur fameuse deuxième chance) car dans cette situation, le visage d'un acteur conventionnel devrait faire mine d'implorer l'autre avec tristesse, gratitude, émotion, espoir et humilité.

Là, nous voyons avec quelques caractères communs quelquechose de différent: tristesse, amusement, émotion, stoïcisme et bienveillance.

Ce qui me surprend le plus là, c'est l'amusement et la bienveillance de Kilgallon pour le Kid, autorisés par la sensibilité aigüe de Barthelmess.

Est-ce que dans ce sourire il y a quelquechose qui vient précisément de la place que tient dans l'essor du cinéma parlant (1939) une ancienne vedette du cinéma muet? Est-ce que cette ancienne place pourrait être vue par certains comme une faute passée qu'il faudrait reprocher et faire payer?




Kilgallon sourie

à Richard Barthelmess (1895-1963)

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